L’augmentation graduelle du yuan ne satisfera pas les esprits critiques

La banque centrale chinoise a annoncé samedi qu’elle prévoyait de garder un yuan ‘stable’ et qu’aucune réévaluation immédiate de la monnaie n’était envisageable. Un jour seulement plus tôt, Cui Tiankai, le vice ministre des affaires étrangères indiquait au cours d’une rencontre de préparation pour le G20 que l’évaluation du yuan ‘n’est pas un sujet en discussion avec la communauté internationale’. 

La Chine est sous une pression internationale croissante concernant le contrôle qu’elle exerce sur sa devise. Les USA, en particuliers, ont à plusieurs reprises critiqué la Chine, estimant qu’elle conservait artificiellement la valeur du yuan pour aider ses exportations, aux frais de ses compétiteurs étrangers. 

Pour les médias étrangers, l’annonce de la banque centrale est destinée à relâcher la pression faite sur Pékin avant l’arrivée du président Chinois, Hu Jintao, à Toronto dans le cadre du G20. ‘La gestion et l’ajustement du taux de change du yuan doit être fait de manière graduelle’, indiquait un communiqué publié sur le site de la banque. 

Pourtant l’annonce n’a rien d’une surprise. Depuis le mois d’avril, les analystes étrangers estimaient que les leaders Chinois annonceraient rapidement leur décision concernant leur contrôle du yuan. Les attentes avaient atteint leur plus haut niveau avec la visite de Hu à Washington mi avril, les leaders chinois étant réputés pour leurs ‘gestes de bonne volonté’ en prévision des visites de haute importance. 

Cela n’avait pas eu lieu. Les critiques américaines s’étaient néanmoins calmées lorsque Pékin avait annoncé qu’elle conservait le droit souverain de décider du taux de change de sa propre monnaie. La Chine tentait probablement de prouver qu’elle ne céderait pas à la pression américaine tout en laissant entendre qu’elle était prête à faire des efforts sur cette question. 

Mais la relative reprise économique en Chine et dans le monde laisse également suggérer que la Chine a repris confiance. En mai, les exportations chinoises dépassaient les attentes et atteint 48.5 pour cent, un signe que le secteur principal chinois est en forme. Pourtant, comme l’a indiqué le ministre des finances US, Timothy Geithner, le véritable test sera de savoir jusqu’où et à quelle vitesse Pékin permettra au yuan d’être apprécié’. 

Il est fort probable que rien ne se passe dans un futur proche. Aujourd’hui, tous les yeux sont fixés sur la Banque Populaire de Chine, qui fixe quotidiennement la bande de fluctuation sur le marché des changes de Shanghai. Pourtant, l’annonce de samedi est claire : il n’y aura pas d’appréciation d’envergure du yuan, comme cela avait été le cas en 2005. 



A cette époque, Pékin avait permis à sa devise d’augmenter de deux pour cent en une nuit face au dollar et élargi la bande de fluctuation. Cette fois ci, la banque centrale confirme que la Chine reprendrait l’appréciation du yuan graduellement, qu’elle avait abruptement arrêté en juillet 2008 alors que la crise mondiale montrait ses premiers effets. 

Selon certains économistes, cela pourrait signifier une appréciation de 3 ou 4 pour cent d’ici la fin de l’année, chiffre qui pourrait être revu à la baisse en raison de la vague de mécontentement de la main d’œuvre chinoise. D’autres analystes estiment que le yuan sera apprécié à un taux d’environ 0.2 pour cent par mois, en lien avec une reprise de la demande en Europe. ‘Un yuan plus fort n’aiderait pas seulement à prévenir contre les tensions futures, mais pourrait surtout aider durablement la reprise chinoise’, a indiqué Brian Jackson, stratégiste à la Royal Bank of Canada à Hong Kong, cité par la BBC. 

Comme d’habitude, la formulation chinoise est vague et laisse la porte ouverte aux interprétations. Et comme il est improbable que les leaders chinois réévaluent le yuan autant et aussi rapidement que les Etats-Unis et l’Europe l’aimeraient, la devise chinoise continuera probablement d’être une source de tension entre Pékin, Bruxelles et Washington. 





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