Du cinéma Sénégalais, rencontre avec Mansour Sora Wade

De passage à Pékin, le réalisateur Sénégalais du ‘Prix du Pardon’, Mansour Sora Wade a accordé à China Files une interview exclusive. Energique, passionné et rêveur, Mansour nous parle de son film, de son impact sur le public sénégalais et chinois et de sa vision du septième art. 

Quelle place peut espérer le cinéma Africain dans le monde ? 

Le cinéma africain va mal. Il y a de moins en moins d’argent et donc, de moins en moins de productions. 

Pourtant, même s’il y avait des fonds, le cinéma africain doit commencer par trouver une place et un public sur son propre continent. Nous faisons d’abord des films pour notre public avant d’avoir un public à l’extérieur. Aujourd’hui, le cinéma que nous faisons est un cinéma de subvention, un cinéma pour les festivals, les films ne sont pas présentés dans nos salles. 

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour le film que vous présentez à Pékin, ‘Le prix du Pardon’? 

J’aime beaucoup les histoires mythologiques. Lorsque j’étais étudiant en France, je suis tombé amoureux du cinéma japonais qui était souvent inspiré des légendes locales, comme ‘Kaïdan’ (de Masaki Kobayashi, ndlr) qui présente quatre comtes sous forme de tableaux. C’est à ce moment là que j’ai décidé de travailler sur les comtes africains parce que je sentais que les cinémas japonais et africain étaient esthétiquement très proches. 

Lorsque j’ai réalisé ‘Le prix du Pardon’, comme mes autres courts métrages, je me suis d’abord demandé : ‘pour qui je fais ce film ?’. C’est ça la vraie question. En pensant à mon public, je puise mon inspiration du milieu dont je suis issu, c’est-à-dire le Sénégal où je suis né, où j’ai grandi, où j’ai passé l’essentiel de ma vie et vécu mes expériences. 

Au départ, ce film est basé sur un roman été écrit par le directeur d’une école qui se trouve en face de la mer. Il voyait les pécheurs aller et venir tous les jours et c’est cela qui l’a inspiré. Il y a d’ailleurs deux personnages qui ont réellement existés dans le film. L’écrivain s’est inspiré de ces personnages et j’ai moi rajouté des choses que j’ai vécues. 

Comment les Sénégalais ont-ils accueilli votre film ? 

Dans la société africaine, le comte servait à éduquer. Pour transporter son auditoire, les conteurs africains utilisent une manière très imagée, on a l’impression d’être dans un film. La mythologie et les comtes sont une réalité quotidienne pour nous. Je suis née au bord de la mer, je connais la mythologie de l’ethnie des pécheurs, j’ai donc parlé avec vérité de choses que je connais parfaitement. Et c’est ça que le public a aimé, ils avaient l’impression d’écouter un conteur. 

Comment pensez vous que les Chinois vont recevoir votre film ? 

J’ai vu beaucoup de films chinois et ils parlent souvent d’histoires mythologiques. Je ne suis pas très inquiet, je pense que les Chinois vont se sentir proches de ce que je raconte. Mais mon voyage en Chine me permet de me rendre compte que les Chinois ne connaissent rien de l’Afrique. Je connais plus de choses sur les eux qu’ils ne connaissent sur nous. 

Comment définir vos films en un mot ? 

Je ne sais pas parce que je me pose la même question. Je me demande parfois comment je me suis retrouvé à faire ce métier. C’est incroyable, c’est un privilège. 

Je me vois de plus en plus comme quelqu’un qui a un rôle essentiel à jouer vis à vis des gens, je suis un artiste et je participe donc à la beauté de la vie, tout en donnant ma propre vision des choses, ma propre interprétation. 

Et après ? 

Le long métrage que je viens de terminer est une métaphore sur les problèmes de l’Afrique aujourd’hui, les guerres, les conflits entre ethnies Le cinéma peut aider a briser des préjuger, à changer le regard que l’on a sur l’autre. Parce que les gens sont différents mais ils ont les mêmes objectifs dans la vie. Et c’est cette différence qui fait la richesse du monde. 





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